Prapatti

Dans le yoga et la spiritualité indienne, Prapatti représente l'acte de soumission totale à la volonté divine. 
Ce terme, qui signifie littéralement « se jeter dans les bras » ou « prendre refuge », désigne une attitude spirituelle où l'individu abandonne complètement toute illusion de contrôle sur son destin par l'ego (ahamkara) pour se confier inconditionnellement à la grâce du Divin.
 
Contrairement aux voies yogiques traditionnelles qui exigent des années d'efforts intenses, comme le contrôle rigoureux du souffle (pranayama), la purification physique (asana) ou la méditation profonde (dhyana), la Prapatti est souvent décrite comme la voie de la facilité relative, accessible à tous, y compris ceux qui ne possèdent ni force physique, ni temps, ni connaissances intellectuelles pour suivre les autres chemins. 
Elle repose sur l'idée que l'être humain, limité par ses faiblesses et son karma passé, ne peut atteindre la libération (moksha) par ses propres mérites. Seule la grâce divine, offerte spontanément, peut briser les chaînes de la réincarnation.
 
Ce concept est particulièrement central dans l'école Vishishtadvaita (non-dualité qualifiée) fondée par Ramanujacharya au XIe siècle, ainsi que dans certaines traditions du Vaishnavisme, et rejoint la petite voie de Thérèse de Lisieux :
 
La Prapatti transforme la relation entre le dévot et le Divin. Elle passe d'une dynamique de travail acharné à une relation de confiance absolue. Ce n'est pas un acte passif de résignation, mais un choix actif et lucide de déposer son ego.
 
 En renonçant à l'illusion de sa propre puissance, l'individu ouvre la porte à une paix intérieure profonde, sachant que sa sécurité dépend désormais de la puissance infinie de l'Absolu. C'est l'essence même de la dévotion (Bhakti) portée à son paroxysme : l'amour qui ne demande rien en retour, car il sait déjà qu'il est déjà aimé et protégé. 
 
Cette voie rappelle que parfois, le plus grand effort spirituel consiste précisément à cesser d'essayer de tout contrôler pour laisser faire la Grâce.