Ma Anandamayi

(Khéora, 1896 ; Hardwar, 1982)

« Où que vous soyez, c'est là qu'il faut commencer le voyage »

Alors qu'en Occident, le terme « mystique » a en grande partie perdu son sens initial - « ce qui est relatif au mystère - pour ne plus désigner qu'une

forme de religiosité sentimentale et dualiste, en Inde, la mystique est une voie d'union à Dieu conduisant à la réalisation de la non-dualité entre l'amant et l'aimé, entre le Soi et l'Absolu, l'Atman et le Brahman.

Nirmala Sundari Devi, célèbre ensuite sous le nom de Ma Ananda Moyi naquit à Khéora dans le district de Tripurah, petit village qui fait actuellement partie du Bengladesh. Issue d'une famille de brahmanes, toute sa vie elle vécut selon la maxime « Jo ho paye » (advienne ce que doit), s'abandonnant sans réserve à la volonté divine, ce qui avait parfois des conséquences imprévues.

Toute sa vie Nirmala n'a jamais exprimé le moindre désir. Toujours heureuse et prête à aider, elle ne pleura jamais, ni à sa naissance, ni plus tard, sauf pour détourner sa mère du chagrin lors de la mort prématurée de ses fils. Elle ne suivit guère que deux ans les cours de l'école du village et n'a jamais su véritablement ni lire ni écrire. Plus tard, quand on lui demandera de mettre son autographe, elle signera en faisant un point. À 13 ans, elle est mariée à Ramanimohan Cakravart (connu sous le nom de Bolanatha), brahmane originaire d'un village près de Dacca. Ce mariage n'a jamais été consommé physiquement. Bolanatha considéra rapidement sa femme comme son gourou et lui laissa une grande liberté. Devenu sannyasin, il lui restera fidèle jusqu'à sa mort en 1938.

Après son mariage, Ananda Moyi s'occupa des tâches ménagères et vécut à Aptara où son mari avait trouvé un emploi dans le département de la police. Par la suite, il sera nommé à Antagrama dans les services de l'agriculture, puis à Bhajitpur. En 1922, Ananda Moyi confère l'initiation (diksha) d'abord à elle-même puis à son mari. C'est la seule fois où elle donna l'initiation à quelqu'un, ayant toujours refusé d'initier des disciples.

En 1924, Bolanatha trouve un emploi comme directeur des jardins Shag-Bag de Naw et de Dacca. C'est durant cette période qu'Ananda Moyi se nourrit, pendant trois ans, de trois grains de riz par jour. Elle passe aussi de nombreux mois dans un silence total. En 1926, elle rencontre Gurupriya Devi (Didi) qui ne la quittera plus, et Jyotis Candra Ray connu sous le nom de Bhaiji. Ce dernier construisit le premier ashram d'Ananda Moyi à Dacca en 1929. À partir de cette date, elle n'arrêtera plus de voyager. Allant de communauté en communauté, elle est le centre d'une intense activité spirituelle : chants, récitations à haute voix de la Gita, des Upanishads et méditations. Sa notoriété devient alors nationale et même internationale. Elle reçoit la visite de Gandhi, Nehru et Indira Gandhi. La première occidentale à rejoindre son ashram en 1943 est une pianiste autrichienne, Blanca Schlamm, qui devient sannyasin sous le nom d'Atmananda, et remplit souvent le rôle d'interprète. Un autre sannyasin fut le médecin Adolphe Weintrob venu en Inde en 1951, auquel Ananda Moyi donnera le nom de Vijayananda.

Même si le chemin qu'elle propose fut celui de Bhakti Yoga (yoga de la dévotion) elle parlait aussi sur un plan de Non-dualité selon son auditeur. Bien qu'elle défendait la tradition religieuse hindoue, elle ne se rattacha à aucune doctrine tout en recommandant l'une ou l'autre selon les besoins qu'elle percevait chez son interlocuteur. Bien souvent, elle expliqua que les enseignements de tous les maîtres authentiques, puisés à des sources véritables, sont exacts et valables pour ceux à qui ils sont destinés. Le fait qu'ils puissent paraître contradictoires ne retire à aucun d'eux la valeur qui leur est propre en tant que l'un des chemins spirituels à parcourir.

Toute sa vie fut dévouée aux autres, afin d'offrir un message d'amour à chacun, aussi bien à un chercheur de vérité qu'à un paysan illettré ou à celui qui a commis crimes ou délits. La simplicité de son enseignement se résume en ces quelques mots, sans allusion à une doctrine ésotérique secrète mais avec l'urgence d'un appel : « Être en confiance avec Dieu, s'abandonner, se reposer en lui. Accepter tout ce qui arrive comme venant de lui. II s'agit de considérer ce que l'on fait comme un service. Alors seulement à ce prix, sera-t-il peut-être permis de s'éveiller à une dimension plus vaste, un vécu réel s'ouvrant sur l'infini. » Ma Ananda Moyi est morte à Hardwar en août 1982.

 Extraits de : Mystiques et maîtres spirituels contemporains de Bruno Solt, Ed. Pocket

 

 

Nirmalâ Sundarî Dévî naquit dans un petit village du Bangladesh en avril 1896. Sa famille était de caste brahmanique et, selon la tradition, on l'éleva dans la perspective du mariage. Ce qui fut fait dès l'âge de sa puberté. Elle était cependant déjà tentée par l'ascèse et elle eut la chance que son mari acceptât son voeu de chasteté.

De nombreuses expériences mystiques marquèrent dès lors son existence et elle assura au début des années vingt qu'elle s'était donné l'initiation lui permettant de prétendre au titre et au rôle de « maître spirituel », ajoutant que son nom religieux était ânanda-moyî (« faite de béatitude »). Son mari la soutint, alors qu’une telle situation est en Inde, tout à fait insolite (il n’y a pas de féminin au mot gourou). On prit donc l’habitude de lui décerner le titre de mère (Mâ) en signe de révérence.

De nombreux disciples se pressaient autour d'elle : hindous, bien sûr, mais aussi musulmans et chrétiens d'Europe et d'Amérique. Sans cesse en déplacement dans la basse vallée du Gange (de Bénarès à Dacca), elle laisse se fonder en divers endroits des âshrams qu'elle visite à l'occasion. Cette façon d'agir est, elle aussi, inhabituelle, de même que l'est sa façon d'enseigner : informelle, spontanée et dispensée le plus souvent à la façon d'un jeu, à grand renfort de rires et d'anecdotes humoristiques. Il est vrai aussi que, de façon inattendue, elle peut s'engager dans des pratiques ascétiques très dures : jeûnes prolongés, voeu de silence, etc.

Contestée par certains (surtout, on le devine, dans le milieu des brahmanes orthodoxes), elle est tenue par d'autres pour une incarnation de la déesse Kâlî. Quoiqu'il en soit son enseignement peut se résumer en cette affirmation qu'elle répétait souvent : « La vocation de l'homme est de trouver Dieu », ajoutant que tout le reste (doctrines théologiques, ascèses, prières, etc.) est secondaire car, « dans cette vie, toutes les vérités sont vraies ». Ce qui revient à dire que, par quelque chemin spirituel que ce soit, on est sûr de progresser, si l'on s'adonne avec sincérité à la recherche de Dieu. À ses yeux cependant, c'est la dévotion ardente (bhakti) qui est la plus efficace: « Quelle que soit la situation où Dieu vous place... sachez que c'est ce qu'il y a de mieux pour vous. Entraînez-vous à traverser la vie en remettant votre fardeau entre ses mains ; il est le Protecteur, le Guide ; en toutes choses, il est le Tout ». De là, chez elle, le refus de s'engager dans des polémiques ou des discussions qu'elle juge oiseuses : rien ne vaut la joie de chanter en commun des cantiques dévotionnels. On comprend ainsi le succès d'un enseignement qui correspond parfaitement à la sensibilité religieuse des milieux populaires de notre temps, en Inde comme ailleurs.

Les disciples s'étonnaient parfois que Mâ accepte sans protester que des foules s'assemblent autour d'elles et que tant de gens viennent lui raconter leurs ennuis et leurs soucis domestiques. À cela, elle répondait : « Si vous pensez que cela m'est désagréable, c'est uniquement parce que vous faites une distinction entre votre corps et le leur. Vous ne ressentez pas comme un lourd fardeau de porter votre tête, vos mains et vos pieds, vos doigts, vos membres, parce que vous les considérez comme parties intrinsèques de votre propre corps ; de même je sens que toutes ces personnes sont des membres organiques de ce corps ici. Elles ne me pèsent donc pas, pas plus que leurs soucis. Leurs joies et leurs peines, leurs problèmes et leurs solutions sont une partie vitale de moi-même ; je n'ai aucun sens de l'ego ni de la séparation. En moi, chacun de vous a dans une égale mesure la hauteur et la profondeur de l'éternité ». Le grand orientaliste Jean Herbert disait de cette femme remarquable : « Elle tire le meilleur de chacun, suscite ce qui doit arriver. Mais son plus grand miracle, c'est qu'elle donne à chacun ce dont il a besoin à l'instant précis. Chacun reçoit d'elle réponse et bénédiction en rapport avec sa sincérité ». N'est-ce pas là le propre du maître spirituel ?  

 

Texte de MA ANANDAMOYI

L'Unique

"Toutes choses sont identiques en essence, et l'univers est la manifestation de l'unique Cause ultime. Celui qui n'a pas vu les Himâlayas les imagine comme une seule montagne, mais quand il s'en approche, il voit que ces immenses chaînes comprennent des centaines de montagnes, qui s'étendent sur de longues distances, avec des milliers de hauts sommets neigeux, et des arbres, des fleuves, des sources. Il en est de même dans le domaine spirituel: lorsqu'on approche la Vérité, la Lumière et qu'on plonge profondément dans les mystères, on réalise l'Un dans le Multiple, ou le Multiple dans l'Un. En réalité, nous nous mouvons avec l'Un, mais ce qui est curieux, c'est que nous nous égarons souvent dans le Multiple.

Nous marchons pas à pas; nous satisfaisons notre appétit en prenant une à une des bouchées de nourriture ; l'alphabet construit les mots lettre par lettre; et les jours se succèdent pour former des mois et des années.

Vous dites souvent: « Il n'y a qu'un Dieu, qui n'a pas de second. » Et c'est la vérité. Dans ce monde, rien n'existe que l'Unique. Notre monde résulte d'expériences élémentaires obtenues par les cinq organes sensoriels, mais provenant toutes de l'Un et se fondant toutes finalement en cet Un; leur importance est proportionnelle à la mesure dans laquelle elles expriment l'Essence unique. Gardez ce seul but devant vous, et essayez de concentrer votre esprit sur l'une quelconque des expériences élémentaires (forme, saveur, etc.) qui émanent de l'Unique; vous vous apercevrez bientôt que dans l'Un sont incluses toutes choses. Alors vous réaliserez l'unité dans la diversité et la diversité dans l'unité; vous trouverez que dans le monde il n'y a rien d'autre que cet Un."

 

Le langage

"Tant que le langage vous est nécessaire pour communiquer avec autrui, employez-le, mais très parcimonieusement. Écoutez ce que les gens vous disent et ne répondez que lorsque c'est nécessaire, par quelques mots, à dose homéopathique. Vous savez bien que là où les médicaments allopathiques, à fortes doses, restent sans effet, quelques gouttes minuscules produisent parfois des effets miraculeux! Les gens ne parlent que pour faire étalage de leur supériorité, de leur érudition et de leur habileté dans la discussion. Mais l'action est plus puissante que les mots. La valeur d'un homme ne se mesure pas au volume ou à la force des arguments qu'il peut présenter. Argumentez en vous-même, dans l'introspection, et maîtrisez vos passions; alors vous constaterez bientôt que l'envie de parler a presque disparu."

 

Le centre

 "Toute chose doit avoir un noyau autour duquel les sensations puissent se développer. Plus votre esprit trouve son centre, et plus haute est la note de santé, de paix, de tranquillité. Et alors un aperçu de l'Infini peut devenir possible. Choisissez une image ou une silhouette ou un symbole ou un son comme centre de votre pensée et tenez-vous y constamment. Votre esprit viendra y chercher le repos lorsqu'il aura erré à l'aventure. Un sentiment de dévotion se développera peu à peu et Dieu sera installé sur l'autel de votre coeur. A notre époque, il est très difficile pour un adorateur d'acquérir une conception du Divin, soit par les méthodes de yoga, soit en cherchant à fondre le moi individuel dans le Moi universel." 

  Extraits de "Aux sources de la joie " de Mâ Ananda Moyî, Ed. Spiritualités Vivantes Albin Michel

 

L'ascension

"L'effort pour s'éveiller à sa nature réelle est le devoir de l'homme en tant qu'être humain. Seules les actions qui attisent la nature divine de l'homme sont dignes du nom d'Action, tout le reste ne sont que non-action, un gaspillage d'énergie."

"L'ascension de l'adorateur comporte dix étapes : on commence avec une attirance pour Dieu. Puis, l'âme est impatiente de s'approcher de Lui. Ensuite, on éprouve l'envie de Le réaliser facilement et rapidement, et bientôt cela se change en un désir de Le trouver par des artifices de yoga. L'esprit alors a soif de s'élever très haut dans la contemplation divine. Cet état est vite remplacé par un amour débordant, où l'on verse des larmes. Et cela nous conduit peu à peu à nager en quelque sorte dans la Béatitude divine. À la huitième étape, la pensée constante du Bien-Aimé règne suprême en nous, et l'âme est amenée à oublier le moi individuel. Enfin vient la réalisation du Moi, qui est le salut."

Ma Ananda Moyi, Aux sources de la joie, Éd. Lucioles, Montréal, 1980, p10.

 

 

"Je suis moi-même reposant en moi-même." 

 

Ma Ananda Moyî était un extra-ordinaire maître spirituel, dont le nom signifie « pénétrée de Joie ».

Certains l'ont considérée comme un avatar de la Mère divine.

 

Je me souviens comment, à la lecture du livre « En compagnie de Ma Ananda Moyî », il y a plus d’une dizaine d’années, j’avais été fascinée par les témoignages d’extases décrites par son disciple Bhaiji.

« Il y avait une lumière si brillante qui sortait de ce corps que tout l'espace environnant en était illuminé. Cette lumière semblait se répandre progressivement et envahir tout l'univers. Dans cet état, elle se couvrait d'un voile supplémentaire et se retirait longtemps dans un coin isolé de la maison.

Pendant cette période, son corps rayonnait d'un pouvoir divin tellement intense qu'elle pouvait d'un regard plonger les gens dans un état d'oubli d'eux-mêmes. Certains, en lui touchant le pied, tombaient inconscients. Les endroits sur lesquels elle s'allongeait ou s'asseyait devenaient presque brûlants. »

Mâ pouvait rester plusieurs jours sans rien manger ni boire, en extase, et cette lumière éblouissait ceux qui, un instant, y avaient accès.

Je me demandais comment était-il possible de répandre tant de lumière et aussi comment rester vivante en s’absentant aussi longtemps de son corps ?

« Son visage était empourpré d'une lumière douce, dégagée par un bonheur intérieur intense. Ses joues avaient un éclat céleste, et son front une sérénité, un calme divin. Il y avait suspension de toutes les activités physiques habituelles, et pourtant chacun des pores de sa peau irradiait une lumière peu ordinaire.

C'était un discours intérieur muet - L'éloquence du silence. Tous les assistants sentaient que Shrî Ma était en train de sombrer dans les profondeurs de la communion divine. Dix à douze heures s'écoulaient ainsi, puis on s'efforçait de la ramener sur le plan physique par des kîrtan ou autres, mais cela ne servait à rien.

Moi-même, je ne réussissais pas à la faire émerger de son état d'auto-absorption. Il n'y avait absolument aucune réponse quand je frottais énergiquement ses mains et ses pieds, ou même quand je les piquais avec des pointes acérées. La conscience réapparaissait chez elle en son temps, et cela ne dépendait d'aucun stimulus extérieur. »

La beauté et la nature de cette femme ont laissés en moi un profond mystère…

 

 

***

 

Les mots, les discussions, le langage, etc. appartiennent au mental; par contre, dans l'état dont nous venons de parler, le langage n'a pas place. Ce corps-ci respecte tout ce que tout le monde dit car le point de vue de chacun dépend de l'échelle le long de laquelle il s'élève. Pour ce corps-ci, toutes idées lancées reviennent au même - à quelque niveau qu'elles se situent. Pour cette raison, que vous souteniez que le corps peut ou ne peut pas exister sans prarabdha (trace mental) ou que vous avanciez une théorie d'un point de vue quelconque, tout est exact sur le niveau correspondant. Mais au delà des mots et de toute expression, là où il y a manifestation et non manifestation, durée et non durée, espace et absence d'espace - aucune affirmation n'est valable. 

Il existe un état où disparaît toute distinction entre dualité et non dualité. Celui qui est rivé à un angle de vision particulier parlera du point de vue qui est le sien à ce moment précis. Mais là où est le Brahman - l'Unique sans second - rien d'autre ne peut exister. Vous distinguez entre dualité et non dualité parce que vous êtes identifié au corps, ce qui signifie que vous être dans un état de constante insatisfaction. 

Ce qui est, c'est Cela. Dans ce cas que peut-on exprimer par des mots ? (...)
Dès ce moment, que peut-on dire ou passer sous silence puisqu'Il est entièrement au delà des mots ? Evidemment chacun parle le langage du niveau où il se trouve; pourtant, quels que soient les mots prononcés, ce sont Ses paroles, Son chant dédié à Lui-même. Dans l'état suprême rien ne peut plus être un obstacle; s'il en subsiste c'est que l'ignorance a persisté. En réalité il n'y a que Lui - Lui seul et rien d'autre que Lui. 

Lui seul est - donc pas question d'accepter ou de refuser. (...) Et puis il ne peut pas être question de dissiper une erreur, car il n'y a que Lui, sur qui tout repose. Si Lui est le but unique, il faut extirper l'erreur que l'erreur existe. Parler comme nous le faisons ne sert qu'à aider quelqu'un à comprendre. 

Vous devez continuer à discriminer, à convaincre votre mental - au prix d'efforts soutenus - que le japa, la méditation et tous les autres exercices spirituels ont pour but votre Eveil. Tout au long de ce pèlerinage, il ne faut jamais faiblir; ce qui compte c'est l'effort ! Aussi devez-vous essayer d'être possédé continuellement par cette quête; elle doit faire partie de votre être. 

Que l'on choisisse le chemin de la dévotion, où le "je" se perd dans le "Toi", ou le chemin de la quête du Soi, du vrai "je", c'est Lui seul que l'on trouve aussi bien dans le "Toi" que dans le "Je". (...)
La négation aussi bien que l'affirmation sont l'une et l'autre "Toi", l'Unique. 

En fait il n'existe jamais rien d'autre que l'Instant unique. De même qu'un seul arbre contient d'innombrables arbres, d'innombrables feuilles, une quantité infinie de mouvements et d'états statiques, de même un instant contient un nombre infini d'instants et en tous se trouve l'Instant unique. Et cet instant suprême réunit mouvement et repos. 

Vous tentez d'assouvir un désir par un autre désir; les désirs ne peuvent donc pas disparaître, pas plus que la tendance à désirer. Lorsque l'homme acquiert une conscience aiguë de cette tendance en lui à désirer, alors seulement la quête spirituelle devient authentique. Vous ne devez pas oublier que lorsque la tendance à désirer se transforme en une volonté de connaitre son Moi, alors seulement peut commencer la vraie recherche. Que vous le nommiez Un, Deux, ou l'Infini, que chacun prétende ce qu'il veut, tout est juste. 
Extraits de : L'enseignement de Ma Ananda Moyi

Ma Anandamayi

Appelée la plus grande sainte de l'Inde du XXe siècle, Ma Anandamayi, dont le nom se traduit par " imprégnée de joie", était une mystique se situant hors de tout dogme, vénérée par des foules de toutes religions et d'une liberté infinie.
     « Où que vous soyez, c'est là qu'il faut commencer le voyage »

Le 30 avril 1896, en l'actuel Bangladesh, naquit une petite fille nommée Nirmala Sundari Devi, ce qui signifie "Beauté immaculée". Très tôt, ses parents, des brahmanes modestes mais cultivés, réalisèrent que cette enfant n'était pas semblable aux autres. D'une beauté exceptionnelle, elle parlait d'elle-même à la troisième personne ("cette petite fille"), entrait soudainement dans des états d'extase spontanée, pouvait passer des jours sans nourriture, en silence, immobile. D'abord inquiets - pensant qu'elle était peut-être simple d'esprit -, ses parents constatèrent finalement qu'il s'agissait de longues méditations dont personne ne pouvait la tirer. Selon le regard occidental, Nirmala n'aurait pas manqué d'inquiéter son pédiatre (on n'ose imaginer la suite). Mais l'Inde porte une autre attention à tout ce qui sort de la norme: ici, le cosmos gravite autour d'un mystère matriciel, où toutes les lois sont abolies. Le hors norme en est le signe, tout comme la vie des moines errants en est la mémoire vive. Joyeuse en permanence, aidant sans relâche, ne pleurant jamais, qui aurait pu se douter que cette étrange enfant serait un jour considérée comme une incarnation de "Ma", la Mère divine, et que Gandhi viendrait s'incliner à ses pieds ?

Après la naissance d'une première fille, son père, un brahmine respecté et aimé pour sa droiture, son honnêteté et son esprit de détachement, était parti mener une vie d'ascète. Mais la mort de l'enfant l'avait fait revenir auprès de son épouse, femme d'un raffinement rare, écrivant des poèmes et de la musique. À nouveau enceinte, celle-ci rêva en permanence que des divinités auréolées de lumière entraient dans sa maison. raccouchement se déroula sans douleur. Une fille modèle, aidant sa mère à élever les enfants nés après elle, amie de tous jusqu'à un point déconcertant. Son passe-temps préféré était d'accompagner son père aux cérémonies religieuses, où il était apprécié pour la beauté et l'intensité mélodieuse de sa voix, et de se joindre à lui en chantant.

Mariée à l'énergie divine

À treize ans, en 1909, les parents de Nirmala lui trouvèrent un mari, Shrî Ramani Mohan Chakravarti, du village d'Atpara, dans l'est du Bengale. Bientôt, suivant la coutume, la jeune fille se retrouva au service de sa belle-sœur, pour qui elle dut travailler dur, cuisiner, frotter, lessiver, etc. Mais elle s'acquitta de cette tâche sans perdre sa bonne humeur. En réalité, son mariage ne fut jamais consommé, car le nouveau mari comprit vite que sa très jeune épouse n'était pas un être ordinaire. Les rapports de cet homme avec elle demeurèrent ceux, purement platoniques, d'une vénération souvent mêlée de crainte. On dit qu'il n'en souffrit point et accepta son sort. Peu à peu, toute la famille de Nirmala comprit qu'il ne fallait surtout pas confondre son extraordinaire gentillesse avec de la faiblesse! Plus tard, elle donna l'initiation à son "époux". Il devint sannyâsin sous le nom de Tibhatânanda et demeura proche d'elle jusqu'à sa mort, en 1938.

À partir de 1922, les états d'extase de Nirmala revêtent un caractère spectaculaire: elle peut rester des jours sans manger ni dormir, sans éprouver la moindre fatigue ou le plus léger malaise. À la fin de 1924, ses premiers disciples commencent à se grouper autour d'elle. Leur nombre augmente rapidement. En 1929 un premier ashram est édifié à Dacca. Mais Nirmala ne reste jamais en place, voyage sans cesse, sans aucun point fiXe, tels les moines errants, suivant le fil d'un souffle invisible qu'elle nomme son Kheyala, irradiant une joie parfois si bouleversante qu'on la nomme bientôt Ananda Mayi, "la Joie en Plénitude". En 1932, elle est au pied de l'Himalaya, où un second ashram est construit en 1936, à Dehradun. Sans relâche, pendant des dizaines d'années, elle va sillonner l'Inde, pour apporter aide et réconfort spirituel. De nombreux autres ashrams seront construits, à Calcutta, Bénarès...

Toute jeune, elle avait exploré tous les yogas. Plus tard, elle appellerait ce chemin son "Lila du Sadhana" c'est-à-dire "jeu divin pour parvenir au but". Elle raconta un jour comment commença sa mission publique. Cela se passait alors qu'elle habitait à Batijpur : "Un jour, alors que j'étais descendue à l'étang comme tous les jours, pour me laver, et que je me versais de l'eau sur la tête, le Khelaya (souffle) est venu sur moi, avec la question "Qu'en serait-il de jouer le rôle de Sadhaka ? (guide)" Aussitôt, la Lila (jeu divin) a commencé. "

Un rayonnement unique

Ma ne mange presque pas, son entourage craint toujours pour sa santé, ce qui l'amuse beaucoup. N'ayant fait que deux années d'études, son instruction religieuse officielle est rudimentaire. Elle ne lit pas, n'écrit pas, ne fait pas dediscours - tout comme elle ne suit aucune méthode particulière. Pourtant, les lettrés les plus érudits qui font partie de ses dévots se rendent bien compte qu'elle connaît parfaitement la totalité de la très complexe tradition hindoue. Bientôt, elle devient une icône vivante, la plus grande sainte de l'Inde modeme, reconnue par les plus grands sages. Mais la "sainte" dit d'elle-même que la "petite fille" est toujours là, la même, depuis toujours, et à jamais...

Sa présence est extraordinaire. Elle rayonne tout simplement. Tous ceux qui l'approchent ressentent un amour et une paix infinis. Partout où elle passe, des foules de dizaines de milliers de personnes, hindoues, musulmanes, chrétiennes, sans distinction, acceptent d'attendre des heures, parfois des jours, pour avoir la chance de l'apercevoir une seconde et de recevoir son darshan, sa bénédiction.

Formellement, son enseignement verbal se limite aux données de la tradition hindoue, le sanâtana Dharma, et revient toujours au concept central de l'Advaita (la non-dualité). Elle dit: "Connaître Bhagavan (Dieu), c'est se connaitre soi-meme, et se connaitre soi-meme, c'est connaître Dieu." Sa spécificité ne tient donc pas à la nature de son enseignement, mais à sa manière incroyablement vivante de l'exposer. Pas de discours, elle répond juste aux questions qu'on lui pose...

Un jour, à l'âge de quatre-vingt-six ans, elle cesse totalement de nourrir son corps. Sous la pression de son entourage affolé, elle consent à un grain de riz par jour. Par pure compassion. Elle se sait en partance. Le 28 août 1982, elle s'éteint doucement, comme la résonance de l'onde vient se fondre dans le silence.

Elle se dit : « née de la prière des hommes »

Cerner la "personnalité" de Ma est une gageure. À la question "Qui êtes vous ?", elle répondait qu'elle était "née de la prière des hommes", qu'elle avait simplement pris la forme de leur attente. Vijayananda, médecin français ayant vécu trente ans auprès d'elle, témoigne de la façon surprenante dont Ma pouvait soudain changer d'apparence. "Quelquefois il semblait que - comme par une sorte de mimétisme - elle s'identifiait à son interlocuteur", passant d'un visage de jeune fille à celui d'une vieille femme ou d'une enfant. Cette vertigineuse plasticité - que la Bagavad-Gitâ prête à Krishna, le dieu aux mille visages - la rendait à la fois totalement présente et totalement "ailleurs". Mais cette fluidité, et sa vie d'errance permanente, contrastent avec ses propres paroles, lorsqu'elle déclare qu'elle ne bouge jamais, qu'elle se tient à la même place depuis toujours, et pour toujours.

Ce qui rend la description "personnelle" définitivement impossible, c'est l'intense subjectivité des témoignages à son propos. Comme si cette plasticité naturelle et cette radiance rare faisaient que chacun rencontrait en elle le miroir de son propre secret, et ne pouvait en parler sans témoigner d'un mystère vivant, ultrasensible, hautement radioactif, qui rend tout trait "personnel" diaphane. Sur certaines photos de jeunesse, on peut imaginer aisément - en voyant son regard tourné vers un horizon qui, de toute évidence, nous échappe - ce que cette enfant rare put éprouver en rencontrant le monde des hommes. Nul doute que, dans l'expérience de ce rayonnement, ce ne sont point les traits du visage qui se gravent dans la conscience, mais ce qui se tient au secret de tout visage, que l'Inde appelle la Déesse Mère: cette puissance matricielle puisant dans l'invisible pour donner corps à tout. La petite fille, considérant tout adulte depuis l'enfance éternelle, pouvait témoigner d'une soumission et d'une patience totale - se laissant ainsi déguiser pendant des heures en Dieu ou en Déesse pour les fêtes rituelles - et devenir introuvable au moment de la cérémonie : elle jouait dans un champ avec des enfants. Mais elle pouvait aussi se dresser soudainement, ses traits prenant ceux delà déesse Kali, la "Noire", glaçant l'assistance de terreur sacrée. Totalement imprévisible, elle incarna cette innocence implacable, aussi radieuse que terrible, que l'Inde révère comme la fruition universelle: Mahashakti. Celle qui échappe au monde, mais à laquelle le monde n'échappe pas.

Le battement d'ailes du silence

Ma fait partie de cette vaste vague spirituelle qui, depuis la fin du XIXe siècle, généra aussi plusieurs grandes figures dont l'aura déborda largement vers l'Occident, marquée d'une influence moderne: systématiser les enseignements (Ramakrishna), sublimer la poésie mystique populaire (Tagore), réinterpréter les textes (Aurobindo), dialoguer avec la science (Krishnamurti), tout en s'enracinant aux formes les plus traditionnelles (Ramakrishna, Maharashi, Ram Dass). Pour Ma, pas de système, pas d'école, pas de discipline spécifique, pas de mutation collective, sinon celle de l'âme advenant à sa source, ici et maintenant, depuis toujours et à jamais. rInde désigne ce souffle souverain sous le nom de Hamsa, l'Oie sauvage. Ma est cette "Mère l'Oye", et son battement d'ailes est son enseignement. Elle ouvre au silence de Cela qui ne change pas, et d'où jaillit spontanément la force vive. En rappelant que le mystère est une proie qui, à l'instant de le saisir, nous saisit. Ma témoigne de ce qui échappe à tous les mots: elle est, par excellence, l"'Échappée belle". Elle rappelle que l'arbre ne se contente pas de cacher la forêt, mais aussi les sentiers qui mènent aux clairières. Ainsi, tous se turent à l'instant ou cette vieille maman apparut en compagnie de son enfant : un hydrocéphale à la tête énorme, aux yeux exorbités, et au corps minuscule. Lorsque, dans le silence soudain, Ma le vit, elle commença à rire, le souffle de chacun suspendu par cette réaction inattendue. Lorsque l'enfant s'avança, et se jeta dans ses bras en riant avec elle, tous respirèrent alors, s'abandonnant à cette joie vibrante qui semblait maintenant emplir tout. Lorsque l'enfant repartit, radieux, avec sa mère radieuse, chacun avait vu "Sahaj" à l'oeuvre: une clairière dénuée de tout mot, où la lumière coule sans entraves, comme le rire de Dieu.

Ma pouvait rire très longtemps, parfois pendant des heures, submergeant l'assistance de vagues irrépressibles. Mais son humour était parfois mordant: à ceux qui la suivaient, elle disait, moqueuse, qu'ils étaient comme les mouches autour de la vache sacrée.

Maya, le jeu divin de l'illusion

Maya est un autre nom de la Mère Divine, nommant l'Illusion générée par la prodigieuse créativité cosmique. À Haridwar, non loin des sources du Gange, le corps de Ma repose sous plusieurs tonnes de marbre blanc. Devant la pierre, un brahmane habillé de blanc balance une flamme en murmurant les prières sacrées. Les Brahmanes ne furent pas toujours à l'aise, du temps de Ma: l'icône vivante de l'hindouisme recevait des musulmans, des bouddhistes, des jaïns, ou même des hors-castes, comme les occidentaux. Semblable à l'oie sauvage, elle volait majestueusement au dessus de tout cela, et la caste des "purs" eut bien du mal à maintenir "l'oiseau rare" dans les bornes de l'orthodoxie. Maintenant que le corps de Ma a cessé d'être traversé par l'insaisissable de son Kheyala, le brahmane peut officier tranquillement, laissant la flamme sacrée se balancer au bout de sa main, au rythme multiséculaire des mantras : après avoir joué son jeu divin, l'icône vivante s'est résorbée dans sa légende. Maya.

par D. Bertrand et C. Aarsil

                                                                 CITATIONS


Le Nom de Dieu efface les karma aussi bien que les péchés et les désirs accumulés au cours de plusieurs yuga (cycles de la création). De même qu’une lampe qu’on allume illumine une pièce restée dans l’obscurité durant des milliers d’années, le Nom de Dieu dissipe les ténèbres d’une multitude de naissances.

Des quantités de karma en même temps que de naissances demeurent inconnues et insondables. C’est une grande chance que de jouir de la naissance humaine. Alors efforcez-vous de la faire fructifier, car vous la devez à Sa grâce. Elle est également le fruit de vos bonnes actions passées. La naissance de l’être humain est un fait extraordinaire. C’est pour cela qu’il faudrait entreprendre, durant cette naissance humaine, une ligne de vie dirigée vers l’éveil de la nature humaine.

Réconfort d’une personne dans la souffrance : La souffrance est le résultat du karma. Dieu éloigne la souffrance en infligeant les souffrances et Il élimine la difficulté en provoquant des difficultés. Souvenez-vous toujours qu’Il ne fera plus chose pareille à l’avenir. En vérité les enfants de l’immortalité ne doivent penser qu’à Lui. Il n’y a qu’une voie qui conduit à la sérénité, celle de la destruction du voile et de la révélation de celui qui supprime le désespoir. Il n’y a aucune autre voie, aucune, aucune, aucune. Sri Madhusudan (Dieu, sous forme de Krishna le tueur du démon Madhu), celui qui élimine le désespoir, est en fait l’unique trésor qui habite le coeur de chacun.

Au cours du voyage de la vie, toutes sortes de maux peuvent frapper le voyageur, de différentes façons et sous différentes formes. Quelque soit le degré de votre souffrance dans la vie, dites-vous : je n’aurai plus à connaître cette souffrance. J’accomplis ma pénitence. Je me rapproche de Dieu. 

Dieu imprègne tout, c’est pour cette raison qu’on peut L’atteindre de partout. Appelez de toute la force de votre coeur le Seigneur du coeur. Tous les appels arrivent à Lui. 

Le chemin qui conduit à votre Soi : c’est là la seule voie. Le reste est futile et source d’anxiété.

Il y a une détresse alarmante et de sombres et lourds nuages de désespoir de tous les côtés. Et il arrive que le mental ne sache plus trop comment maîtriser ses pensées et se laisse aller à la panique. Comment sortir de cette situation ? Dieu est l’unique refuge de l’être désemparé. Ne vous découragez pas. Cette même terre sur laquelle vous vous écroulez, épuisé, vous servira d’appui pour vous relever. Toute chose est en accord avec les lois et les injonctions de Dieu. Chacun de nous est un instrument entre Ses Mains. Chacun de nous Lui appartient – Lui est Lui-même. Imaginez que vous êtes dans les bras de votre mère. Restez ainsi. Et gardez votre corps et votre esprit en belle forme. N’abdiquez pas, ne restez pas les bras ballants, comme paralysé devant tout le fatras de vos problèmes. Chaque chose advient selon Sa volonté. Gardez bien nette dans votre esprit cette pensée. La seule voie n’est autre que Sa contemplation

De quoi avez-vous peur ? Il est là ! Tout le temps ! Laissez-Le faire ce qu’Il veut. Tout ce qu’Il fait, Il le fait pour le bien. Rappelez-vous cela. 

« Est-ce que vous avez vu Dieu ? » A cette question, Mâ répond : « Bien sûr, je l’ai vu ! On Le voit tout le temps. Regardez, qui voit qui ? Car Il est toute chose. Il n’y a rien d’autre que Dieu.

N’est-ce pas ce Dieu qui a forme de vérité, la vérité, n’est-ce pas Lui qui est à l’intérieur de vous ? Voilà pourquoi vous ne devez jamais laisser de côté introspection et méditation. Chacun doit obtenir sa propre réalité. Il y a la béatitude, rien que la béatitude. Où est la souffrance ? Là, il n’y que Lui. 

 Dieu, quant à Lui, est sans forme et sans nom. De nouveau, lorsqu’ Il assume des formes, celles-ci sont infinies. Souvenez toujours de cela. 

Il vous donne et continuera de vous donner ce dont vous avez besoin. 

 Bien qu’agissant Il est inactif, bien qu’inactif Il agit. 

Il n’y a personne au-dessus de Dieu. Toutes les choses qu’Il fait, Il les fait Lui-même. Personne n’est en mesure de faire quoi que ce soit. Il est bon de se le rappeler. Il n’y a qu’à Dieu qu’on peut faire confiance. Lorsque quelqu’un d’autre semble avoir l’intention de nuire, il est bon de réciter des japas de son Ishta, aussi longtemps que perdure cette intention. S’en remettre toujours à Ishta Deva. 

Dieu est clément et miséricordieux. Il déverse sur nous, sans compter, Sa miséricorde et Sa compassion ? Empressez-vous de tendre la main. Une attitude de marchandage n’est pas de mise ici. Dites-vous : « J’ai essayé et je n’y suis pas arrivé. C’est la conséquence de mon karma. Oh, Seigneur ! Vous m’envoyez Votre grâce et je la reçois ». Un être vivant peut espérer agir pour son bien seulement s’il se rappelle cela.

Le malheur ne disparaît que dans le refuge qu’est le Seigneur. C’est uniquement par la grâce de Dieu que l’homme paye en souffrance le résultat de son karma. Si l’on considère cette souffrance comme Sa grâce, alors elle nous conduira jusqu’au lieu suprême.

Il faut pratiquer la méditation car elle conduit à la compréhension divine.

Etre sans aucune pensée, voilà la méditation suprême. 

Il n’y a plus d’affliction lorsqu’on est capable d’aimer Dieu. Le sentiment même d’être séparé de Lui n’est que bonheur. Ce n’est que lorsqu’on L’aime qu’on éprouve le sentiment profond d’En être séparé. Qu’est-ce que le viraha (vi = particulier, raha = existe) ? (vi- signifie en général loin, d’om le sens ‘exister loin de’, c'est-à-dire ‘séparation’. Ici, Mâ réinterprète le mot d’une façon nouvelle). Seul celui en qui Dieu existe de façon particulièrement forte, est en mesure d’éprouver ce sentiment de séparation.

Invoquez-Le. Tout dépend de Lui. Où que vous soyez, chérissez Son étreinte. Si vous désirez le bonheur dans ce monde, efforcez-vous de parvenir à Sa réalisation. Vous savez, vous avez vu ce qu’est le monde. Le malheur y apparaît chaque jour, partout. Le monde est connu pour cela.